
Soulage (extrait)
Il y a eu ce chien au pelage noir sorti d’on ne sait où. Qui nous frôla les jambes, puis accompagna notre ballade toute cette fin d’après-midi. C’était le début du printemps, le premier jour de l’heure d’été. Il faisait beau, l’air était doux. Nous marchions sur les chemins qui suivent la ligne de crête, quelque part dans les Monts du Lyonnais.
En fait, le chien, il nous précédait quelques mètres, se retournant de temps en temps pour voir ou nous en étions. A chaque croisement, quand nous avions pris un chemin différent du sien, il s’arrêtait, relevait la tête, nous regardait, revenait aussitôt vers nous et repartait devant. Nous avons trouvé ça plutôt sympathique et amusant. C’est vrai que se promener dans cette campagne, depuis le temps qu’on en pratique tous les chemins, c’est plutôt ennuyeux. Tout y est si prévisible. Et puis cela faisait longtemps qu’un être vivant ne nous avait pas témoigné aussi durablement une tel attachement. On s’est pris au jeu et on a décidé de suivre sa trace plutôt que de lui imposer la nôtre
.
Va où tu veux bon chien! Sois notre guide, on te suit!
Alors on l’a suivi. S’émerveillant de son obstination à nous conduire et de sa patience à nous attendre lorsque nous nous arrêtions pour nous reposer ou regarder le paysage. Quand il a pris ce chemin pentu qu’on connaissait mal et qui s’enfonçait dans une forêt de sapin, beaux joueurs, on l’a suivi.Maintenant, les arbres cachent le ciel, la marche devient plus difficile. Cela descend beaucoup. Il y a des cailloux pointus qui font mal à la plantes des pieds et tordent les chevilles. Le chien a disparu.
Et puis dans la pénombre, soudain, des yeux injectés de sang… Oreilles dressées, poils hérissés, babines retroussées, gueule effrayante ouverte sur de terribles crocs, notre paisible chien nous fait face. C’est un loup.