
Dans la nuit une partie de la chaussée s’est effondrée. Sous le bitume, une grande quantité de terre a été emportée. Au matin, on découvre le trou. Un mètre de diamètre environ. Juste devant la porte du garage de l’auberge où les membres de l’association SAS (ski, amitié, scramble), ont l’habitude, chaque année, de passer une semaine en mars. C’est la consternation dans le groupe car les trois fourgons qui servent au transport jusqu’au pied des pistes sont bloqués à l’intérieur. Dans la rue, les gens s’arrêtent pour regarder. Deux agents de la ville posent des barrières de sécurité.
Heureusement, le patron de l’auberge s’est débrouillé pour se faire prêter d’autres véhicules. Ils sont arrivés sur les pistes avec du retard, mais la journée de ski est sauvée et c’est l’essentiel. A leur retour, en fin d’après-midi, tout est rentré dans l’ordre: le trou est comblé. Ça sent le goudron frais. Seul un tractopelle est resté sur place.
C’est seulement au repas du soir, quand ils passent à table et voient la chaise vide devant le bol de potage qu’ils s’étonnent, mais où donc est passée Henriette?
Cette histoire de trou ce matin a en effet perturbé tout le monde et personne n’a fait attention à qui était avec qui pendant la journée. Mais il faut se rendre à l’évidence, personne aujourd’hui n’a vu Henriette !
Aussitôt Victor et Roger, les plus agiles, se précipitent vers sa chambre. Ils reviennent la mine sombre. La porte était ouverte, le lit défait, et Henriette, c’est sûr, n’a pas skié de la journée! C’est maintenant un silence pesant dans la salle à manger.
Et si elle était tombée dans le trou ! s’écrie soudain Albertine qui explique, c’est possible, car Henriette est insomniaque, je sais qu’il lui arrive souvent de sortir la nuit pour aller prendre l’air!
Le patron de l’auberge ajoute, oui, c’est bien possible! En plus, depuis cet hiver, l’éclairage du village s’éteint à minuit ! J’étais pas pour, on n’y voit plus rien dans les rues! Et je leur avais bien dit à la mairie que ça finirait mal!
C’est alors l’affolement général, on prévient le maire, les gendarmes, les pompiers, puis l’entreprise de Travaux Publics qui a comblé le trou. Vers minuit, sous les faisceaux des projecteurs, dans le hurlement des sirènes et le clignotement des gyrophares, face aux caméras de FR3 et de BFMTV, devant un parterre d’officiels en costume ou en uniforme, les ouvriers commencent à creuser et les secours à se préparer. De la fenêtre de sa chambre, vêtue d’une légère nuisette, Albertine observe.
Elle tremble de froid et de peur, je t’aime bien ma petite Henriette, mais, mon Dieu, faites qu’ils te trouvent bien là, au fond de ce trou, sinon, moi, de quoi j’aurai l’air ? Avoir fait déranger tout ce monde pour rien!