Il la suit par amour, ça me ferait tellement plaisir si tu viens, tu sais! Et maintenant, il est là qui regarde à droite et à gauche dans la rue pour être sûr que personne ne le voit entrer. Il baisse la tête. Enlève ta capuche, tu ne peux être comme ça ici! Elle parle doucement, lui prend la main. Avec elle, il se sent si fort.
Il monte l’escalier, sans tenir la corde de marinier qui sert de rampe. C’est seulement pour la décoration! Elle l’a prévenu. Les marches ne sont pas hautes, il piétine, manque trébucher.
La salle en haut est bleu pâle. Surtout des dames âgées, mais quelques jeunes bourgeoises assises aux tables près des fenêtres. L’une pense en le voyant, tiens, un ours dans notre bonbonnière!
Ici, rires feutrés, musique douce, murmure des conversations. Pas comme au bar-tabac où il va habituellement.
Leur table est placée au centre, il a l’impression qu’ils font le spectacle. Son gâteau est d’un rose vif insoutenable. Pas plus que le thé, il ne l’a choisi. Pareil que Madame, il a bredouillé à la serveuse. Et maintenant, il doit s’en débrouiller. De la théière, de la tasse, de sa soucoupe, du napperon en dentelle, de la petite cuillère, de la fourchette et de la serviette en tissu aussi. Mais heureusement Pauline s’occupe de tout, respecte bien le temps d’infusion. Pour le reste, il n’a qu’à l’imiter.
Le gâteau rose est bon, pas trop sucré et le thé ne lui a pas encore donné envie de vomir. Sur la nappe, il n’a laissé ni miettes ni salissures. Pauline est ravie. Elle le regarde en souriant et lui dit, je t’aime. Il l’aime aussi.
Maintenant, il peut se détendre et profiter un peu de ce voyage en terre inconnue qu’il ne racontera à personne. Alors, il s’étire de tout son long sur le petit fauteuil crapaud et bâille bruyamment ,Ahrrrrr!
Comme il le fait chez lui, affalé sur son canapé, quand il a vu un bon match de foot à la télé.
