
C’est normal, Madame, que le deuxième lapin, il n’ait pas de bouquet dans la main?
J’ai levé la tête et soulevé le menton du reposoir, conscient du ridicule de poser à mon âge une telle question.
– Oui, oui c’est normal, Monsieur, ne vous faites pas de soucis! Reposez bien votre menton , plaquez votre front et regardez de nouveau dans la lunette et dites- moi quand vous n’en verrez plus qu’un…
Elle a dit ça en se moquant un peu et maintenant elle tourne doucement la molette en sens inverse.
Les deux lapins, celui avec bouquet et l’autre sans, se rapprochent, se superposent . Je dis soulagé, ça y est, j’en vois plus qu’un! Et le lapin tient un bouquet dans la main.
Mais du bouquet, à mon orthoptiste, de toute la séance, je n’en parlerai plus. Trop peur de me faire moquer une nouvelle fois! Je n’en pense pas moins, je ne comprends toujours pas, et ça me turlupine: pourquoi le deuxième lapin, qui est en fait le premier, mais que je vois en double quand l’orthoptiste fait tourner sa molette n’a plus de bouquet dans la main puisque le premier, le modèle, l’unique, le seul, le vrai, en a un de bouquet? Mes yeux dédoubleraient les lapins, mais pas les bouquets! Comment est-ce possible? Que me cache l’orthoptiste? Vais-je vers une nouvelle complication oculaire?
Epilogue
– Dans la patte!
– Quoi dans la patte?
– Les lapins n’ont pas de mains, me corrige l’infirmière à qui je viens de raconter l’histoire du lapin au bouquet. Un lapin ne peut tenir un bouquet que dans sa patte!.
Agacé, je lui réponds que patte ou pas patte, ce n’est vraiment pas le problème et que présentement je me retrouve à l’hôpital avec une « patte » dans le plâtre!
Explication
Comment j’en suis arrivé là? Le cabinet de mon orthoptiste se trouve au 5 ème étage d’un immeuble ancien. Pour redescendre après la consultation, normalement, j’ utilise l’ascenseur, mais il est lent et exigu et comme je ne me sentais pas bien et que je suis un peu claustrophobe, par précaution, pour m’éviter toute bouffée d’angoisse inutile, j’ai préféré cette fois prendre l’escalier.
La première marche m’a été fatale … En vrai, il y en avait deux.