What else?

 

 

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Elle est fan absolue de Georges Clooney. Elle regarde  en boucle le dernier  spot Nespresso en répétant, trop subtil ! trop subtil ! Je m’approche de l’ordinateur et regarde avec elle. Je concède, c’est pas mal !

Elle se retourne furieuse: – Tu es sûr d’avoir bien tout compris ! Cette interrogation en abyme sur l’identité? Et le doute existentiel exprimé dans le dernier regard ? Il y a plus d’intelligence et de profondeur ici , en quelques secondes, que dans bien des films qui se poussent du col à Cannes !

Tu exagères, je lui dis, on ne peut comparer! Et je lui fais remarquer aussi qu’avec Clooney  le prix du kilo de café, par dosette interposée, monte à 70  euros !

– Ce n’est rien, il le mérite, répond-elle, les yeux brillants.  Et puis, elle ajoute,  définitive,   avec  Georges, pas de risque, lui, qu’il  parte en Belgique planquer son fric ! Même dans une pub, il sait tenir son rang !


 http://www.youtube.com/watch?v=RoZgGXd1-Z8


L’intelligence des choses

 

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Pour  affronter l’hiver, j’ai fait installer au salon un convecteur dit « intelligent ». Le constat est cruel :  ce convecteur  est  plus intelligent que moi. Il commande, dit quand  ouvrir les fenêtres, quand les fermer, quand entrer ou sortir de la pièce,  quand éteindre la télé, quand aller se coucher, quand partir en vacances.  Bien dans l’air du temps, il m’a programmé en mode « économie ». Tout écart de ma part: c’est le grand froid! Et il émet un petit sifflement moqueur quand, dans mon fauteuil, après le repas de midi, je lis  le « Monde », de la veille, en buvant mon thé.   

Il y a trop de choses intelligentes autour de moi ! Trop de choses qui me dépassent ! J’ai essayé  de piloter le convecteur  « intelligent »,  les volets roulants « intelligents », le vélux « intelligent » avec mon smartphone « intelligent ». Mais ces intelligences se contrarient! Comme quand on réunit, dans un même gouvernement, un quarteron d’énarques.

Mon convecteur, j’aurais dû le choisir un peu con!

 


Désert médical

 

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La porte du cabinet est fermée. Il fait froid. Des vieux attendent sur le trottoir. Il n’y a plus que des vieux au village. Le médecin arrive enfin. Il sort de sa voiture péniblement, gris, pâle, voûté, tremblant.  Plus vieux que vieux.
Les autres vieux l’entourent ,inquiets,
– Comment ça va Docteur?
– Pas très fort, répond-il, pas très fort!
– Vous tiendrez quand même le coup, Docteur ?
– Oui, oui, dit-il, dans une quinte de toux, rassurez-vous, nous partirons ensemble.

 

 

Autoradio

 

Retour d’Autriche sur l’autoroute en direction de Genève. France Inter : Guillaume Gallienne lisait du Stendhal.  A 120km/h, vitesse autorisée, dans le flux calme de la circulation, c’était la plus douce musique, un inattendu moment de bonheur. Nous avions abandonné la langue française pendant une semaine, elle nous revenait dans toute sa splendeur.

Je ne sais si j’aurais éprouvé autant de plaisir à écouter du Sollers  dont j’ai  sous la main le livre « Trésor d’amour » que j’ouvre, par ce  hasard qui fait bien les choses, à sa page 16:  « l’oreille sait où elle a quelque chose à voir »  

http://www.franceinter.fr/emission-ca-peut-pas-faire-de-mal-saison-2011-2012-stendhal-et-litalie

 

 

Le centre est ailleurs

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"C'est pourquoi aussi le monde n'est pas petit et monotone, mais vaste et inconnu..."

Clément Rosset, Le philosophe et les sortilèges, (les Editions de Minuit)

Comme rien, ici, ne distingue le centre de ce qui ne l’est pas, on peut  indiquer de partout que le centre est ailleurs. Ils ont placé habilement de chaque côté de la traboule la même pancarte indiquant le centre du village.  Ainsi, que le promeneur aille dans un sens ou dans l’autre, il va toujours au centre, mais sans jamais l’atteindre. Quand il se croit arrivé au centre, il découvre que le centre est ailleurs. Le centre du village est toujours là où il n’est pas. S’il ne se lasse pas avant, le promeneur éprouve un vrai désir de centre puis touche, épuisé, l’infini. S’il se lasse, il pense, agacé, ici, on me promène! 

 

Autosuffisance

 

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Il  rêvait d’une petite maison avec un jardin potager pour les légumes, quelques poules pour les œufs, une vache pour le lait, un cochon car tout est bon, des panneaux solaires pour l’énergie plus une petite éolienne car on ne sait jamais, évidemment un chien, un chien méchant  pour garder le tout,

Et il mettrait partout des pancartes avec écrit dessus, en gros, attention danger, propriété privée, défense d’entrer.

 

 

 

Un Tesson chasse l’autre

« Je suis empereur d’une berge, seigneur de mes chiots, roi des Cèdres du Nord, protecteur des mésanges, allié des lynx et frère des ours. je suis surtout un peu gris, parce que après deux heures d’abattage de bois, je viens de m’envoyer un fond de vodka. »

« Dans les forêts de Sibérie »  Sylvain Tesson  (Gallimard)

Le problème de Sylvain Tesson, c’est son père Philippe, une des plus belles têtes à claques du PAF (paysage audiovisuel français) avec FOG (Franz-Olivier Giesbert) . On comprend mieux  les besoins de  voyages longs et de solitude profonde du fils quand on connaît la logorrhée du père.

Lettres de Sibérie plutôt réussies quand Tesson  raconte les petites choses de  sa vie quotidienne d’ermite dans une cabane isolée sur les rives du lac Baïkal et parle de ses rencontres  avec ses voisins russes. Et puis, on ne peut être qu’admiratif d’un écrivain capable de couper du bois pendant deux heures !

Sibérie ou pas, la solitude conduit à faire de trois fois rien une aventure. Quand on est seul,  chaque instant est là pour tenir compagnie. Instinct de survie du solitaire?  Retour de l’écrivain aux origines de la littérature?  Les deux, sans doute, mon capitaine!
On lira le bouquin de Tesson comme un roman d’aventures ou/et comme la thérapie d’un individu qui s’est sorti du groupe (on comprend mieux les besoins de voyages longs et de solitude profonde du fils..etc. etc)

Le livre de Tesson requiert un lecteur « à point », comme on dit d’un steak. Pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut le lire au bon moment et au bon endroit. Mais, il y a des Baïkal partout. Choisissez la bonne rive.

 

 

Aurore

série noire 2

Je me rappelle le soir où elle s’est présentée.
 

– Comment vous appelez-vous, déjà, Mademoiselle ?

– Aurore, Madame, Aurore.

 – C’est un joli prénom, Aurore,    

Et Aurore avait souri. Un beau sourire.

Aurore était baby sitter. Elle m’avait été recommandée par une amie. Le petit Tom s’était très vite habitué à elle.  Les  soirs où Aurore le gardait, elle logeait jusqu’au matin dans une  chambre aménagée à l’étage.  Elle ne partait qu’après le petit-déjeuner.

– Dis au revoir à Aurore, Tom. 

– Au revoir Aurore, disait Tom.

 – Au revoir Tom, au revoir Madame, disait Aurore.

 – Au revoir Aurore, je lui disais, en l’accompagnant jusqu’à la porte.

Je ne savais rien de la vie d’Aurore. Aurore parlait peu et je ne lui posais pas de questions. Elle s’entendait bien avec Tom.  C’était l’essentiel.

Et puis un soir, en rentrant, j’ai vu la carte de visite posée contre le pied de la lampe sur le petit guéridon du vestibule. Elle était tachée de sang. Et j’ai lu ces mots,

adieu Madame, pardon pour Tom, je suis désolée.  Horror