Nationale 7

 

 

Installation  (allée des Soupirs, Panissières)

Emile, dit le vieux-beau, file vers la côte d’Azur pour une énième tournée des grands ducs. Cheveux blancs et clairsemés au vent, écharpe beige au cou, il roule sur la Nationale 7, entre Roussillon et Bollène. Petit cabriolet anglais, rouge, désuet. Ses enfants ont grandi. Les enfants de ses enfants aussi. Il ne se souvient pas des prénoms ni des anniversaires. Il n’a jamais fait beaucoup de cadeaux, ni donné de baisers, ni séché de larmes… Il est un peu à la ramasse, Emile, à contre-temps. Mais libre.

En sens inverse remontant prudemment vers Paris, entre Bollène et Roussillon, voici le papy cadeau Fernand. Dans sa Skoda Superb, un break gris. Il revient de vacances. Du Lavandou. Il transporte la dernière génération de la famille, les Amandine, Florian, Gabin, Marianne, Laetitia, Manon. Ça crie, ça rit, ça pleure, ça grimace autour de lui. Et puis il y a les arrêts pipi, les jeux, les taquineries, les bouderies, les petits bisous, les envies de friandises.

Le hasard fait qu’Emile et Fernand ont choisi, au même moment, la même station-service sur la Nationale 7 pour faire le plein.

Ils  remplissent leur réservoir, face à face. Essence contre Diesel enrichi.

Chacun se regarde, Emile, vieux loup solitaire, écharpe de tweed et Fernand, aïeul débonnaire, bermuda fleuri. Voyant l’autre, chacun pense, et si, comme lui, j’avais…Que serait ma vie?

Ensuite ils entrent ensemble dans la boutique Agip et se trouvent côte à côte devant la caisse enregistreuse.

Après, que s’est-il passé? On ne sait trop… Une chose inexplicable. En effet, quand ils sortent, ils ont échangé clés et papiers. Chacun monte dans la voiture de l’autre, comme si de rien n’était. Papy-cadeau dans la Triumph rouge et vieux-beau dans la Skoda grise. Les enfants, qui voient avec des yeux d’enfants, ne s’aperçoivent de rien. ( Pour vous, lecteurs dubitatifs, sachez que le regard des enfants se focalise sur les détails, et comme papy-cadeau et vieux-beau ont un grain de beauté à peu près identique sur la joue droite…).

Dès qu’il pose les mains sur le volant en bois d’acajou du cabriolet, Fernand, a des envies de femmes, d’alcool et d’aventures. Rapide coup d’oeil dans le minuscule rétroviseur intérieur. Il se  trouve fière allure! A lui, la belle vie!

Pour Emile, c’est quelques heures plus tard, la nuit venant, en réglant la climatisation électronique quadri zones du break Skoda qu’il se sent devenir pleinement pater familias comblé, prêt pour ces longues soirées d’hiver au coin du feu, petits-enfants sur les genoux à qui raconter des histoires d’ogres et de fées… Il était une fois…

Nos deux hommes sont heureux. Echange réussi.

Bon, après, bien sûr, ça se gâte… Dieu qui régit l’ordre des étoiles et des planètes, assoupi pendant le trajet Roussillon – Bollène, se réveille, voit les choses et ne peut les laisser en l’état… Sinon Dieu n’est plus Dieu!

Du côté de la Coucourde, la fragile Triumph fait donc une embardée et se prend de plein fouet la pile d’un pont. Près de Nevers, à Puyloubier pour être précis, la Skoda Superb grise, pneu avant droit éclatant, s’encastre sous un énorme camion. Et 8 morts, d’un seul coup d’un seul, viennent s’ajouter aux statistiques des accidents routiers du week-end.

Moralité: quand ta route est tracée, tu dois la suivre.

Cuisine et dépendances

Expo Michelle Gouin 2015 (restaurant Tartufo, Lyon)
Expo Michelle Gouin 2015 (restaurant Tartufo, Lyon)

Il s’inquiète de voir exposer des tableaux dans la salle du restaurant. Sa question n’est pas tant de savoir si l’art est cuisine ou la cuisine art. Et qui valorise quoi. A dire vrai, il s’en moque un peu. Il veut connaître combien vont lui coûter les ravioles à la truffe servies à sa belle invitée sous un tableau de Maître.

NB. Excellentes les ravioles ! Et le prix raisonnable…

http://michellegouin.com/accueil/

http://www.restaurant-tartufo.com/expositions/

Le fou de Chaillot

Tour vue du Palais de Chaillot (Paris 2014)
Tour vue du Palais de Chaillot (Paris 2014)

Il ne pouvait croire à cette théorie -fumeuse- sur l'effacement des traces…

Ni au travail de sape d'un déconstructivisme sournois qui, par le haut (c'est dire!), s'attaquerait aux fondements les plus représentatifs de la cité.

Il devait y avoir une explication plus simple. Qu'il chercha en même temps que la sortie.

http://www.citechaillot.fr/fr/musee/galerie_darchitecture_moderne/visite_virtuelle_2/

Chat perché

street art (Fourvière 2015, Lyon)
street art (Fourvière 2015, Lyon)

Rude grimpette par forte chaleur jusqu'à la basilique de Fourvière depuis la quartier Saint-Jean. On attaque la montée des Chazeaux. A la 185 ème marche, il faut reprendre son souffle. A gauche, une chatte sur un mur brûlant semble dire, à votre âge, pour aller si haut prenez donc en bas ce tramway nommé Ficelle.