Wagon libre

Un fantasma percorre l’Europa (extrait)
Armando Pizzinato

Aujourd’hui, on n’a plus  le droit de rien dire!

On ne sait trop qui a dit ça… Peut-être cette contrôleuse délurée qui ne portait pas la casquette réglementaire de la SNCF mais avait la langue bien pendue? On ne sait pas…

La phrase est arrivée comme ça, dans ce wagon du TER bondé qui nous ramenait un soir de Lyon vers Tarare. Tout le monde était d’accord. L’IFOP ou la SOFRES auraient fait un sondage dans le wagon, c’était du 100%: aujourd’hui, on n’a plus  le droit de rien dire!

Et chacun donnait des exemples, disait à haute voix, pour que tout le monde entende, ce qu’il n’avait plus le droit de dire…

Et puis le train a ralenti, nous arrivions en gare de Saint Romain de Popey. Un grand gaillard a hurlé en levant le poing, juste avant de descendre, c’est pas parce qu’ils m’empêcheront de parler que ça m’empêchera de penser! Bien au contraire! Ceux qui restaient dans le train l‘ont salué en levant eux aussi le poing et en reprenant tous en choeur, bien au contraire!

Le train est reparti, direction Pontcharra sur Turdine. Les passagers se sont tus. Leur héros d’un soir était resté à quai.

Parcours de santé

Clinique du Parc

Maison de santé

Au village, on vient d’inaugurer une maison de santé. C’est bien.  Toutes les huiles étaient présentes: le préfet, le député, le sénateur, le président départemental de l’ordre des médecins. Ils ont même failli avoir la ministre! C’est dire…

Mais personne pour représenter les malades. Aucune invitation! Déception! Je me voyais pourtant bien faire un discours. Un beau discours de malade dans la maison de santé.

Généraliste

Le nouveau généraliste est jeune, grand, beau… Sans doute sent-il bon le sable chaud. Chez l’ancien flottait plutôt une odeur de tabac froid et d’alcool fort. Mais tout allait bien alors, son pèse-personne sur-estimait mon poids et son tensiomètre sous-estimait  ma pression sanguine.

Chance, aujourd’hui, le nouveau toubib est assisté de son stagiaire. Deux sur mon seul corps penchés, je suis aux anges! Je ne peux m’empêcher de comparer leurs manières d’ausculter et l’ancienne:  mon vieux médecin avait une vue d’ensemble de la bête, eux détaillent chaque morceau. L’esprit de synthèse contre l’esprit d’analyse…

Vite rhabillé, je  suis maintenant assis  sagement prés du bureau, la carte vitale dans une main et les 25 euros dans l’autre. C’est le moment du diagnostic. Rappel: je suis venu  pour un petit rhume qui ne passait pas…

De l’autre côté de la table, ils s’interrogent à haute voix, peut-être un cancer, peut-être le sida, peut-être autre chose ou peut-être pas?. Maintenant , ils se tournent vers moi et disent : on verra plus tard après les analyses.

J’ai entendu. Il fait beau, les larges fenêtres vitrées du cabinet flambant neuf laissent passer une éclatante lumière. La vue sur la plaine au loin est magnifique. Youpi! La vie est belle! On attendra…

Ophtalmo 

Elle est jolie, mais sévère. Elle me dit : regardez au centre, en haut, en bas, à droite, non à droite, à gauche, en haut à gauche, plus à gauche encore,

Et moi j’obéis. J’obéis au doigt et à l’oeil. Justement le doigt…Parfois, son doigt délicatement soulève ma paupière. Je ne peux m’empêcher d’admirer, de l’autre oeil, coquin, mais valide, la finesse de la main.

J’en ai parlé à mon psy, il me met en garde (je le crois jaloux de ses prérogatives), attention, pas de transfert avec une ophtalmo, c’est rigoureusement interdit et hors de prix!

Il était une fois la Liberté…

coulées

 

Il était une fois un pays merveilleux où les hommes vivaient en paix…

Au tout début, il y avait eu  des sondages. Le gouvernement avait établi  la liste de sujets qui fâchent et le Parlement avait décidé à l’unanimité, union nationale oblige, qu’il serait dorénavant interdit d’en parler.

Ensuite, on avait remplacé le  ministre  de l’éducation, celui de la culture et de la communication  par un super ministre du Consensus National.  Il avait  sorti des écoles, des universités, des bibliothèques, des musées, des théâtres, des cinémas, des médias, tout ce qui pouvait provoquer débat, choquer, heurter, blesser, vexer, moquer, critiquer. Ce n’était pas de la censure (le mot avait été interdit) mais du consensus. Dans le même esprit, on avait changé le nom des rues et des groupes scolaires : pas de boulevard Karl Marx, pas d’avenue Voltaire, pas de Lycée Saint-Just…  Seul des noms de fleurs étaient autorisés, à la condition expresse qu’elles ne symbolisent rien. Pas de rose donc, ni de réséda  car le symbole avait été interdit.

Le peuple entra facilement  dans ce moule. On constata  même que chacun prenait plus de plaisir à vouloir faire interdire l’avis de son voisin (souvent d’ailleurs par lettres ou mails anonymes) qu’à exprimer le sien. C’était devenu un jeu. Comme si, dirent les experts socio-psys convoqués par le gouvernement dans le plus grand secret, l’interdiction de l’expression de la pensée d’autrui était en quelque sorte plus jouissive, plus bandante (ce mot aussi était interdit) que la libre expression de sa propre pensée.
La conséquence fut qu’au fil du temps la liste des sujets qui fâchent, donc interdits, s’allongea   considérablement. A tel  point, qu’elle risquait de devenir infinie.

Mais nul n’est censé ignorer la loi.Le gouvernement prit alors une sage décision : tout sujet  abordé  étant susceptible  de devenir un sujet  qui fâche, le plus simple était de n’autoriser à ne plus parler sur la place publique que de la pluie et du beau temps.

Même, sur ce point, il y eut progressivement  montée des intégrismes : les fadas de la pluie voulurent faire interdire les fanas du soleil. Et vice versa. On pouvait craindre le pire.

Alors il fut décidé pour assurer définitivement la tranquillité du pays  d’interdire à quiconque de parler de quoi que ce soit.  On changea la Constitution et fut instaurée dans le plus grand silence, la première  RDM (République Démocratique Muette).

Il était une fois un pays merveilleux où les hommes vivaient en paix.
Sur le fronton   des mairies, juste au-dessous de « Liberté, Egalité, Fraternité », on avait ajouté en gros caractères
«  MAIS IL EST STRICTEMENT INTERDIT D’EN PARLER».

Chronique d’une coloscopie annoncée

clinique du Parc
clinique du Parc

Les jours qui précèdent…

Le gastro-entérologue.
A moi qui m’inquiète de ce qu’est une coloscopie, il répond gentiment :
On vous met une petite caméra dans le cul pour voir ce que vous avez dans le ventre.

L’anesthésiste.
C’est un pe
tit homme pressé, inaudible et sournois.
Un comble : depuis sa consultation, je ne ferme plus l’œil de la nuit. A-t-il seulement tous ses diplômes?

La veille…

La panoplie.
Pyjama, robe de chambre, pantoufles : que du neuf pour le vieux !

Le dernier repas.
A 18 heures, une soupe de semoule précise : on a compté les grains.

Le jour « J »

Le voisin de chambre.
12 colos, 3 ulcères, 2 occlusions et une rectocolite …
Moi je dis « Respect ! ». Avec mes amygdales et mes végétations comme unique fait d’armes, je suis un débutant.

L’infirmière.
Elle est souriante, et même quand elle ne sourit pas, je lui prête un sourire tellement j’ai besoin qu’elle sourit.

Choc corridor.
Dans le couloir qui mène au bloc, allongé sur le chariot, déjà froid, j’entends :
– Arrêt cardiaque ! arrêt cardiaque !
Mon cœur s’affole. Je retiens mon souffle.
– Arrêt cardiaque au troisième étage.
Ouf ! Je suis sauvé ! Nous sommes au quatrième…Pas de compassion à cet instant entre souffrants. Plutôt lui que moi. Conscience quand même avant de m’endormir d’être un petit salaud…

Salle de réveil...

– Réveillez vous Monsieur ! Réveillez vous Monsieur !
Que ce « Monsieur » fait plaisir…
– Je me réveille Madame, je me réveille Madame.
Exquise politesse de la vie…

Médecine sportive

clinique du Parc
clinique du Parc

Pour mon mal d'épaule persistant, on m'a conseillé ce centre médical.

Je comprends tout de suite mon erreur : dans la salle d’attente il n’y a que du jeune, du beau, du lourd, du musclé. De quoi j’ai l’air, moi, au milieu de ces corps bodybuildés?

La secrétaire, à l'accueil, elle aussi, s'est trompée, Monsieur, vous accompagnez qui?

Le médecin lui, a la tête de l’emploi, type brute spécialisée dans la préparation physique des piliers de rugby. Il me "soupèse" d’un œil dubitatif. Visiblement mon morphotype est ici inconnu…

Et vous faites encore du sport?… Alors je lui récite mon passé glorieux de sportif, j’ai été 30/3, il y a 20 ans, au tennis, et présentement, je suis en passe d’obtenir ma carte d’autorisation de parcours au "6 trous" du golf municipal. Le toubib sourit, il aura quelque chose de drôle à raconter ce soir à ses amis.

Capsulite rétractile, il a diagnostiqué, pas grave mais long, très long, surtout à votre âge… un an, parfois deux, parfois trois, et un risque certain d’avoir le même problème sur l’autre épaule ensuite. Il se veut rassurant, mais après, au moins, vous serez tranquille!

En douce, je fais mon compte et je me réjouis tristement: je pourrais donc, avec un peu de chance, avoir mon autorisation de parcours au golf municipal en fin de vie…

Il me reconduit, soudain gentil, comme s’il accompagnait un vieil oncle à la porte de sa maison de retraite. Soyez patient et surtout pas de geste brusque! me conseille-t-il en me donnant une poignée de main vigoureuse qui m'envoie dans tout le corps une atroce douleur.

Onze nuances de vert

En silence j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais inconsolable. Inconsolable je suis resté. Parfois je me dis que ma vie débutera vraiment lorsque les verts deviendront champions d’Europe.
Laurent Sagalovitsch, « Loin de quoi ? » (Actes Sud)

Les jours de derby, il faut trouver sa place. Dans les gradins, personne n’est assis. En équilibre sur un pied, mon père me porte sur ses épaules. Peur de tomber et surtout d’étouffer si je reviens sur terre. L’usine d’en face crache sa fumée ocre. Des ouvriers  aux fenêtres, d’autres même sur le toit. La tension est extrême. Les joueurs, on les enverra à la mine s’ils ne savent pas jouer.

Lors des matchs ordinaires, le dimanche après-midi, à la mi-temps, comme il n’y a pas foule, on change de place pour rester près des avants. On est sûr qu’ils vont marquer! Curieusement, dans les tribunes latérales, c’est assis sur les marches des escaliers qu’on voit le mieux. Ailleurs, des places numérotées, qui valent quand même une petite fortune, les piliers en béton masquent une partie du but opposé. Il faut se tordre le cou pour suivre le jeu dans la surface de réparation adverse. Mon père qui a fait tout seul les plans de sa cabane de pêcheur au bord de la Dunières est furieux. Il dit que  les architectes sont des incapables.

Après le match, nous prenons le bus qui nous laisse à Dorian. C’est la fin de l’automne, Place du Peuple, près du café Rizzi, il y a une petite locomotive noire où grillent les marrons. Mon père marche vite. Je cours derrière en me brûlant les doigts dans le cornet.

On arrivera  quand même à temps. L’émission de Serge, l’historien du cirque se termine. On écoute à la radio tous les résultats sportifs du dimanche. Et on les commente.

Et puis  le temps a passé…

Il y a eu Rocheteau l’ange vert, le petit dribleur hollandais Rijvers surnommé ” trottinette “, Njo Léa le fantasque, Mekhloufi l’élégant, les frères Tylinski, le grand Ferrier qui ensuite acheta un bar à La Ricamarie ou au Chambon, l’arrière Wicart, le capitaine Domingo que je croisais à la boulangerie vers Badouillère, le gardien Abbes, sa doublure Ferrière, et aussi, jouant au centre, De Cecco. Il y eut les improbables N’Doumbé, Baulu, Zimako qui se perdirent souvent dans les brumes du poteau de corner, le génial Keita, Janvion l’intraitable, Lopez le rigoureux, l’ordonné Curkovic, Bosquier et Piazza les flamboyants, Carnus le discret, Triantafilos dit ” Tintin “, l’opportuniste, Rep le chanteur, Alex le dilettante, Le grand Castanéda.

Et puis et puis…

Le foot à la radio, c’est mieux qu’à la télé. Comme si le temps n’avait pas prise. Les soirs de match, je reste aux aguets. Une voix dans la nuit ” Ici le stade Geoffroy Guichard à St Etienne…“.  Le cœur bat plus vite. Ont-ils marqué? Les Verts sont éternels.

http://www.ina.fr/audio/PHD88013951

Visite médicale

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La dernière fois quand je lui avais dit que j’étais malade, le médecin l’avait mal pris. Visiblement, je lui faisais soucis. A tous les  maux que je  sortais, il répondait, c’est nerveux ! la tête ? Nerveux ! Le ventre?  Nerveux ! Les genoux ? Nerveux ! La tension ? Nerveux ! Le cholestérol ? Nerveux !  Il avait conclu, très énervé,  mais puisque je vous dis que c’est nerveux !

Moi, je suis pas bête! Je comprenais bien que je l’agaçais, que si j’étais malade, c’était évidemment pas de sa faute! Que c’était la mienne! Qu’il fallait que je prenne  sur moi ! Que mes symptômes le fatiguaient  grave. Et c’est vrai que mon toubib, à son âge, dans son état, avec tous ces gens qui venaient gémir et tousser chez lui, je comprenais qu’il soit fatigué.   Malgré la fièvre (j’avais alors un bon 40, mais c’est nerveux, il avait dit), on s’était quitté un peu en froid.

Cette fois j’ai bien retenu la leçon.   Quand il a ouvert la porte de son cabinet et qu’il m’a demandé sur un ton déjà accablé,  alors c’est quoi encore qui ne va pas ? J’ai tout de suite répondu, tout va bien, rassurez-vous, docteur, tout va bien!   Ça l’a mis de bonne humeur. Il était soulagé, détendu. Jamais je n’avais vu pendant  consultation  toubib  si reposé. J’étais enfin un bon patient ! On a mis de côté toutes les petites questions indiscrètes sur ma santé, on a laissé tomber l’auscultation.  Assis à son bureau, on n’a parlé que de la pluie et du beau temps et il m’a signé sans rechigner l’ordonnance que j’avais préparée. Il y avait dessus toutes les drogues, gélules, pastilles, crèmes merveilleuses qui me font rêver. J’avais préparé aussi les 23 euros de la consultation pour qu’il n’ait  pas la peine de chercher la monnaie et je n’avais pas oublié ma carte vitale, oubli qui avait le don de le contrarier. 

Quand je suis parti,  il m’a dit, tout sourire, c’est vraiment un plaisir de vous soigner, revenez quand vous voulez ! J’étais heureux. J’aime  rendre mon médecin heureux.

 

 

Souvenirs, souvenirs

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Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, un beau matin d’été. Je bois mon crème en  parcourant les nouvelles du jour. Je me sens bien.

 

Tu te souviens de moi ?

 Je lève la tête. C’est un vieil homme que je ne connais pas. J’hésite. Je ne veux pas le vexer, je mens, oui bien sûr !

On était à l’école normale ensemble.

 A la norm ! Ça y est, j’y suis, ses yeux me disent vaguement quelque chose, mais ça fait près de 50 ans …

Lui, en revanche m’a clairement identifié, tu n’as pas changé ! Oui, d’accord, des cheveux  gris, comme tout le monde !   Mais te plains pas !Il se tapote le crâne Au moins, à toi, il t’en reste des cheveux !… Non, franchement, tu n’as pas changé !  

Il se rappelle même  mon surnom, coco !… Ça me fait trop plaisir de te revoir mon petit  coco !… Ah coco, si on m’avait dit ! …Tu permets ? Tandis qu’il s’assoit à mes côtés, sans doute conscient de mon trouble, il précise, Fernand, Fernand Grosbois… Tu te souviens? 

Je mens une nouvelle fois, oui, oui très bien ! …Fernand, bien sûr, Fernand !… Je me souviens !

 Alors, comme inquiet, il m’attrape par la manche, t’en as revu des copains de promo ?…C’est que, tu sais...Il approche son visage et baisse la voix… Il y en a beaucoup qui sont… Il s’interrompt. Avec son pouce, il me montre le ciel et comme visiblement je semble ne pas comprendre, il ajoute, beaucoup sont partis, tu sais…

Et là, il commence à  citer dans l’ordre alphabétique  les noms et prénoms de tous ceux qu’on a connus à cette époque et qui sont morts.   Accidents, infarctus, hémorragies cérébrales, cancers, leucémies, tout y passe ! Sa mémoire  est redoutable. C’est terrifiant ce don qu’ont certains de vous accabler de mauvaises nouvelles !

 Je ponctue sobrement  par des  « Oh, c’est pas vrai ! » ou des « Ah ! Et ben dis ! » les morts qu’il m’annonce. Et même si j’ai souvent du mal à donner un visage à chaque nom, je sens qu’à la longue sa liste funèbre commence à m’éprouver.

Mais quand j’entends, Albert Trillamin,  là, je suis formel,  non, non, il n’y avait pas d’Albert  dans la promo !  Albert, ça m’aurait marqué, c’est le prénom de mon frère ! Je lui dis ça, triomphant,  tout ragaillardi, comme si  je venais de sauver une vie ! Enfin un mort qui n’était pas des nôtres ! C’était Jean-Paul, Jean-Paul, pas Albert, j’en suis sûr !

Lui dubitatif réfléchit,  Jean-Paul Trillamin ? Oui, oui… Tu as raison…Je me suis trompé ! Dans notre promo c’était effectivement  Jean-Paul et pas Albert… Voilà, j’y suis…Albert, c’était le petit  cousin… Mais de toute façon, ça change rien, le pauvre Jean-Paul, lui aussi, il est…  Et il me montre le ciel avec son pouce… 

 

Boulevard de la Croix Rousse, à la terrasse d’un café, ce beau matin d’été, soudain je me sens mal. 

 

 

Détournement

 

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Les fêtes, ça n’avait jamais été pour eux. On ne les invitait pas. Au village, on disait qu’ils plomberaient l’ambiance. Que le plaisir, la joie, le bonheur n’étaient pas faits pour eux. On disait que, pour cette famille, simplement sourire  semblait péché mortel!

 

Prudence et Sévère, les enfants,  étaient désespérés: même avec des moustaches, Père et Mère ne pouvaient passer pour des rigolos! Aucun artifice ne sauverait les apparences. Leurs parents donnaient de la probité et de l’ordre moral  une image terrifiante comme si leur vertu était le mal absolu.