Catégorie : Chroniques
Charité low cost
A chaque coin de rue, aux arrêts d’autobus, aux entrées de parking, il y avait partout des pauvres qui demandaient l’aumône. A chacun, pour être tranquille, il donnait une pièce. Quand il n’avait plus rien en poche, il s’installait lui-même dans un des rares endroits encore libres de mendiants et tendait à son tour la main jusqu’à rentrer à peu près dans sa mise. Ensuite, il reprenait sa route et, au gré des rencontres, recommençait à donner. Beaucoup maintenant faisaient comme lui. Ainsi des pauvres pouvaient donner aux pauvres à coûts réduits. Mais ce harcèlement constant de la misère le lassait. Il rêvait d’être un jour assez riche pour ne plus faire la charité de la main à la main.
Une révolution de palais
Ils voulaient changer le monde, mais garder la saveur des gâteaux de grand-mère.
Probabilités
Avec l’ongle du pouce, elle gratte fébrilement la vignette dorée du prospectus publicitaire qui leur promettait un séjour d’une semaine dans les îles.
« PERDU »
Son mari est furieux,
– Je t’avais bien dit de me laisser gratter, tu sais bien que t’as jamais eu de chance !
Elle hausse les épaules, raisonneuse, bien décidée à ne pas s’en laisser compter,
– De toute façon, maintenant, c’est fait, et on pourra jamais savoir ce qui était écrit si c’était toi qui avais gratté !
Morale
Médecin traitant
Fragment du mur de Dan Perjovschi
Dessin à la craie
(Xème Biennale d’art contemporain de Lyon)
J’entretenais hélas avec ce médecin des liens d’amitié qui m’obligeaient à le ménager. Comprenez que je ne pouvais pas lui dire comme ça que j’avais perdu confiance et que je ne voulais plus qu’il me soigne. J’en étais arrivé à penser que, pour ma guérison, il faudrait que mon médecin tombe malade afin que je puisse en changer sans le vexer et risquer de perdre ainsi son amitié. Je savais, pour avoir à l’occasion partagé avec lui ces plaisirs malsains, qu’il fumait et buvait beaucoup. Aussi, à chaque visite, je scrutais son visage pour déceler les signes éventuels de la cirrhose libératrice. Mais sa complexion semblait moins délicate que la mienne et je sortais de son cabinet paniqué par le temps qu’il me faudrait rester son patient ami
Infiltré
Il a fait comme on lui a dit, appris à lire, passé ses examens, obtenu des diplômes, élève sage, étudiant sérieux, ensuite un bon métier, cadre commercial efficace, honnête, consciencieux, puis une femme, deux enfants, mari modèle, fidèle, père exemplaire, sans excès alimentaire, mais pratique sportive modérée quotidienne, pour atteindre en bon rang la maison de retraite et à l’âge qui convient le cimetière dans le caveau de famille, son nom inscrit parmi les siens juste sous celui, dans l’ordre, du père et de la mère.
Mission donc accomplie.

