Digoin

Digoin,péniches, août 2019 -photo privée jmg

Il y avait là quelques bateaux morts et d’autres encore un peu vivants, mais pas de bateaux ivres,  pas de courants, d’indiens, pas de tohu-bohu triomphant.

C’était Digoin. Ville exotique?

Le long du canal, on prend son temps.

J’occupe le temps? Le temps m’occupe? Vaines questions…

Je suis le temps.

La maison de l’éclusier

écluse Decize, août 2019 (photo privée jmg)

La maison de l’éclusier, on la découvre fleurie, colorée, pimpante. La maison du bonheur, on se dit. Et pourtant…

Le fils de l’éclusier est tombé dans le canal. Depuis, la mère déprime et le père boit. Et tout va sens dessus dessous, les bateaux montent qui devraient descendre et l’inverse.

Ignorants du drame, les touristes flottants, surtout des étrangers venus du nord ou des bobos parisiens, il y a bien longtemps que les mariniers ont disparu, ne sont pas contents. Ils veulent bien prendre leur temps, se la couler douce et s’ennuyer ferme, ça fait partie du programme cher payé, mais dans le bon ordre. 

Alors, on se dispute fort, et dans toutes les langues au passage de l’écluse.

Monsieur Jacques, sur sa barque au bord de l’eau

Monsieur Jacques, Decize, août 2019, (Photo privée jmg)

Chaque matin au bord de l’eau, il pouvait rester des heures presque immobile à monter sa  ligne .                                                

Savoir s’ennuyer est un art triste, mais qui vous rend heureux.Tout bon pécheur d’eau douce est un artiste.

Il faut imaginer Jacques le pécheur heureux.

Le banc d’Orcières Merlette

Banc public, Orcieres Merlette, août 2019 (photo privée jmg)

Ils regardaient ensemble dans la même direction. Allaient-ils déclarer leur amour? Annoncer leur rupture? Engager un projet immobilier? 

Mais lui disait, il faudra se mettre d’accord, combien aurons-nous d’enfants et elle répondait trois, j’aimerais bien trois enfants mais qu’il leur faudrait un appartement traversant. Et que c’était peut-être mieux d’investir à la mer qu’à la montagne.

Nous les observions, amusés qu’ils regardent ce que nous n’aurions surtout pas regardé, admiratifs aussi: jamais nous n’aurions osé nous asseoir sur ce banc de peur  d’y être vus assis par quelques passants malveillants.

C’était un lieu où on ne pouvait être assis qu’au second degré.

Equinoxe

équinoxe, Pyla sur Mer, septembre 2019 (photo privée jmg)

Partout le long de l’esplanade, les badauds sont venus en nombre voir jusqu’où montait l’océan, s’il recouvrirait la chaussée et viendrait même jusqu’aux bancs. On rit comme des enfants de l’imprudent surpris par une vague. Il s’est approché pour prendre une photo et revient le pantalon  trempé. C’est qu’avec le coucher  du soleil, le spectacle  est magnifique. On veut garder un souvenir.

A 19h 54 très précise, comme par magie la mer se calme, les vagues ne font plus un bruit. Alors, en silence, chacun s’en va de son côté. 

Le clocher d’Ancelle

Ancelle, août 19 (photo privée jmg)

C’est lui la vedette incontestée du lieu. Le clocher d’Ancelle. Il sait prendre la lumière d’où qu’elle vienne. Aussi, on le photographie à toute heure du jour et même de la nuit.

Puis comme il n’y a rien de mieux à faire, à la veillée, de nos fauteuils, via nos smartphones, nous échangeons nos clichés, tout en évitant par politesse, de penser que les nôtres sont mieux cadrés.

Et dire que le clocher d’Ancelle, à Florence, on l’aurait négligé!

Honfleur

coin de parapluie
Patrick Braoudé (Honfleur sept 2018)

  Patrick Braoudé  (Honfleur sept 2018) 

Ils garderont d’Honfleur le souvenir d’Honfleur… Le port, les maisons aux façades couvertes d’ardoise, la foule du dimanche, le goût d’une crêpe sucrée, d’une bolée de cidre sec.  Et la lumière.

Ils se sont perdus dans le jardin public. Ils ont fait la promenade qui va du vieux port à la plage et longe la Seine. Fatigués, ils se sont assis sur un banc.   Ils ont le temps devant eux.

Ils ont vu ce point minuscule sous le pont de Normandie. Un cargo qui passe  chargé d’on ne sait trop quoi.  Qui  s’effacera ensuite dans la mer.

                                                                                                                                                       

 

L’art incertain

Giardino delle Vergini.

 Ici tout est calme. Nous sommes loin de la foule habituelle des autres sites de la Biennale. Le début de la visite à travers les jardins nous  conduit jusqu’au bord du chenal qui donne sur le port de l’Arsenal. Ensuite le chemin tourne à gauche vers des sortes de hangars. Une jeune femme s’approche et nous dit très poliment, même un peu gênée, sans doute à cause de notre âge (nous pourrions être ses grands-parents)  qu’à partir de là, il faut avoir un billet. Peut-être pense-t-elle que nous essayons de resquiller et imagine-t-elle mal ses grands-parents, catholiques pratiquants, se comporter ainsi. Du coup, sa gêne, par l’intention qu’elle semble nous prêter,nous gêne aussi.

Nous rebroussons chemin, préférant garder nos sous pour améliorer l’ordinaire du léger repas que nous avons l’habitude de prendre vers midi dans une des petites  boulangeries-cafés que la chaine Majer a positionnées dans le centre de Venise. C’est un mode de restauration pratique et de bonne qualité qui nous va bien. Mais il ne faut cependant pas trop s’écarter au moment de choisir les plats pour rester dans une fourchette de prix raisonnable. Moi, je prends toujours des boulettes de riz aux épinards qui me calent l’estomac et me permettent de tenir jusqu’au soir. Avec l’argent économisé des billet nous pourrons avoir, en plus, cette fois, une pâtisserie et un café. C’est un bon plan qui nous met de bonne humeur!

Qui plus est, en écourtant la visite, nous arriverons suffisamment tôt au Majer de la Via Garibaldi, toute proche, pour espérer pouvoir s’asseoir en terrasse.  Il fait si beau!

Curieusement, en repassant maintenant devant les œuvres pour regagner la sortie, nous leur trouvons moins d’intérêt. Le fait de savoir qu’elles nous étaient présentées gratuitement, alors que d’autres exposées sur le même site nécessitent une contribution financière,  leur  a enlevé le statut d’oeuvre d’art. Nous n’avons pas voulu payer pour voir, mais nous n’avons plus envie de voir ce qu’il ne faut pas payer. Comme si la valeur marchande de cet art était la seule garantie qu’il fût vraiment un art.  Mais peut-être n’est-ce que simple calcul de radin: si c’est gratuit, ça ne vaut rien et si ça coûte, on s’est fait avoir!

Ainsi, en entrant dans les jardins, j’avais pris en photo ce que je croyais alors être une installation savante d’artiste. Lorsque j’en ressors je suis persuadé que ce ne sont là que débris amassés puis abandonnés par un employé d’entretien étourdi .

Avais-je raison ou tort?

De retour en France,  je me me suis reposé la question et après quelques recherches sur internet, je n’en sais toujours rien.

Les bouts de bois photographiés faisaient-ils oeuvre? Ou bien  l’oeuvre était l’enclos dans lequel j’étais entré pour les photographier? Ou bien encore l’oeuvre était l’enclos et les bouts de bois ensemble? Ou bien l’oeuvre était quelque chose de plus grand, de plus enveloppant qui nous aurait échappé? Mystère …

Je souris, quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde…
Moi, j’ai photographié les résidus.

Mon ami à qui je raconte cette mésaventure me sermonne, e te l’ai bien dit, une visite ça se prépare; on ne rentre pas dans un musée comme ça, ce n’est pas une promenade digestive. Si on ne sait pas ce qu’on va voir, on ne sait pas ce qu’on voit et donc on ne voit rien!

Je laisse dire. Il me plait assez de ne pas savoir vraiment si ce petit tas de bois prêt à partir en fumée est  oeuvre de Michael Beutler, artiste berlinois, ou le négligent oubli de Guiseppe Giannero, modeste jardinier de la ville de Venise.