Les bords de l’Ilz

 

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Je longeais en VTT le sentier  qui remonte l’Ilz. A quelques kilomètres de Passau, j’aperçus, dans les minuscules clairières qui bordent la rivière, des hommes nus allongés sur des serviettes éponge. Pour bien montrer que je n’étais pas homophobe, à chacun je faisais en passant un petit signe amical de la main. Ce  n’était pas sans danger : des racines déformaient le sentier,  et plusieurs fois je manquai chuter, rattrapant de justesse avec la main droite la poignée du guidon que je venais de lâcher.
Mais je préférais courir ce risque plutôt que de passer pour quelqu’un d’une autre époque.

 


Camping

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Peut-on sérieusement imaginer des campings littéraires ou philosophiques, comme il existe des cafés?

Campant en Autriche et relisant, après coup, le Tractatus, je me suis cependant posé la question  de savoir si Wittgenstein aurait aimé camper. Et quelle aurait été l’influence du camping sur son œuvre?

Certes, le ” Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ” pourrait être une jolie phrase de campeur sortant des toilettes avec son rouleau de papier hygiénique à la main, mais je crois que les problèmes de manutention et d’intendance inhérents au camping  ne laissent guère le temps à la réflexion. Et c’est tant mieux. 

  

 

http://www.philonet.fr/auteurs/Wittgens.html

 

 


Danube

 

 

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Egaré sur un chemin de terre cerné d’arbres et de joncs, il était sorti de sa voiture pour voir s’il pouvait faire demi-tour sans risque. Par hasard, à travers les feuillages, il découvrit le Danube au moment même où un taon le piquait au mollet.
 –  Et merde ! 
La phrase lui était venue comme ça, en toute simplicité.
Mais, rentré chez lui, il pourrait sûrement en faire un petit bout de littérature.

 

Le vélo elliptique

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– À quoi sers-je ?


Il pédalait, debout, la tête droite, et pendant au moins 40 minutes, comme le recommandait la notice d’usage de son vélo elliptique. Ses yeux fixaient donc la boîte des chaussures « Méphisto » posée devant lui sur l’étagère.


Que vendait-il au diable en pédalant ainsi ?


Il aimait ces trajets immobiles, le temps passé à compter les battements de cœur et  les pertes caloriques. Il mesurait le sentiment d’être inutile.

 


Dresde




Les rives de l’Elbe.


Dimanche, comme les gens de Dresde, nous faisons  du vélo sur les rives de l’Elbe. La piste  cyclable est encombrée, l’ambiance bon enfant. On croise même une maman sur rollers avec une poussette. A midi, vite fait, dans une auberge, salade d’été aux pfifferlinge, puis, pour le dit, nous poussons jusqu’en Tchéquie. Le retour se fait vélo dans le train.    

On ne peut rêver ballade plus paisible, paysage plus rassurant.

Mais il y eut ce roulement des wagons venant de la frontière.  Des soldats couverts de suie lançaient des fumigènes  et des  nuages noirs cachèrent bientôt les falaises de craie. J’arrive à Dresde écrasée sous les bombes.  Sur les champs de ruines invisibles des touristes se photographient,  des couples s’enlacent, des enfants rient. Comme le soleil éclaire encore le haut des immeubles reconstruits, inévitablement on regarde le ciel.

 

 


 

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L’opéra de Dresde.


Les couples mélomanes font le spectacle devant l’opéra de Dresde juste avant 19 heures :  pour gagner l’entrée principale du bâtiment, ils doivent traverser à pied une partie de l’immense place pavée qui l’entoure.  Les hommes, habillés de noir, se déplacent sans problème, mais c’est l’instant de tous les dangers pour les jeunes élégantes en  robe longue serrée sur leurs talons aiguilles. On les voit, poupées insouciantes, aériennes et gracieuses soudain se désarticuler et marcher comme de vilains canards. Seules, les plus âgées, qui ont su garder aux pieds des chaussures  plates, avancent dignement. Elles  ne sortiront de leur  sac à main les escarpins de fête qu’une fois  parvenue sous l’arcade  qui conduit à  l’escalier d’honneur. 

Tout ce beau monde enfin entré sain et sauf dans l’opéra, la Theaterplatz  se vide aussi de ses badauds rigolards et bariolés qui espéraient des chutes.


 

http://www.artsetvie.com/pdf/conferences/PlusPrintemps04.pdf

 


 

 

Vienne

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Le Ring

Ils ne savaient pas dans quel sens ils avaient pris le Ring et donc ils avaient pu visiter les monuments de droite comme s’ils étaient ceux de gauche. Cela n’avait guère d’importance: ces jours de canicule, seule la qualité des ombres faisait la gloire des lieux.



Le café Hawelka

On nous a dit grand bien du café Hawelka, mais fin juillet le café Hawelka est fermé. Nous nous installons dans la brasserie d’à côté. Nous fermons les yeux, nous y sommes.

Le café Central


On l’a trop cherché sur le plan du guide pour y faire ces rencontres de hasard qui bousculent une vie. Ce n’est pas le lieu, ici, qui n’est pas à sa place.

 


Vichy

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Pastille

Des vieilles dames et des caniches. Un kiosque et des concerts gratuits. Des palaces fermés. Un couple fatigué s’enfonçant dans la nuit.
Vichy, c’est bon pour le moral!


 

 

Cure

D’anciens collaborateurs venaient ici chercher une nouvelle jeunesse. Gâteux, ils confondaient Madame de Sévigné et la comtesse de Ségur.
Dans son menu diététique à prix gastronomique, le chef leur proposait de subtiles variations sur les eaux et les carottes. Alors, épris d’une mesquine équité quantitative, chacun des pensionnaires épiait l’assiette de son voisin pour exercer ensuite ses restes de pouvoirs sur de malheureux serveurs.

 

 

Plage

Nous avons repris notre marche vers Vichy plage.
Pour imiter Paris et Lyon, les équipes techniques de la ville avaient traîné sur la rive deux palmiers dans des pots, tendu un filet de volley sur le sable et monté des tables de ping-pong. La cabane provisoire qui abritait les secours et sur laquelle flottait un drapeau rouge était fermée. Dans l’eau, l’espace délimité pour les nageurs par des lignes flottantes était inoccupé.
L’ensemble avait été inauguré en grandes pompes la semaine précédente et le maire Claude M., euphorique, s’était jeté tout habillé dans l’Allier. Mais quelques heures après, on avait appris que la rivière était gravement polluée et toute baignade interdite. Depuis, une partie de la ville rigolait.
Décidément Vichy n’était pas faite pour les plaisirs de la jeunesse. C’est pour ça que j’aimais cette ville : à un âge avancé, on pouvait encore y passer pour un jeune homme.
Avec mon compagnon de marche, nous regagnâmes ensuite nos pensions en traversant le parc des Célestins. Nous parlions des tarifs comparés de nos hôtels et de l’organisation de leurs menus (fromages et desserts pour l’un, fromages ou desserts pour l’autre) comme si c’étaient les choses les plus importantes de la terre. 

Berlin

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La Potsdamerplatz.

D’un no man’s land, ils ont voulu faire un centre de vie. On y mange donc des frites. Une jeune fille admire la coupole du Sony Center. Plus âgés, ce qu’on a  préféré, de loin, c’est remonter en vélo la Karl Marx Allée, pris dans la vague des employés qui regagnaient à toute vitesse leurs banlieues en fin d’après-midi. Nous nous imaginions communistes et fiers de l’être.  Je fredonnais en pédalant un air qui ressemblait à l’hymne soviétique. C’est dire!

 
l’Alexanderplatz

J’ai appris trop tard que cette place avait donné son nom a un roman d’Alfred Döblin. Je l’aurais regardée d’un autre œil.

 
 
Le Mur.

Est-ce bien le bon ? Et de quel côté était l’Est ? Et l’Ouest ? la tension est forte dans le petit groupe.   On n’a pas le droit de se tromper. Tout le sens du voyage se joue sur cet instant.

 
La rue Husemann

Loin de la circulation, dans la charmante rue Husemann, on s’assoit à la tranquille terrasse d’un café pour manger une glace. Un homme torse nu viendra mettre des gravas dans une benne verte posée sur le trottoir d’en face. Malgré toutes les précautions qu’il prend à vider sa brouette, on redoute la poussière sur notre chantilly.

 
 
Pankow

Après le Mauerpark surpeuplé et son stade, le panneau sur la piste cyclable indique que le quartier de Pankow est  à plus de 2 Km. Il fait chaud, il y a  l’interminable pont qui enjambe les voies ferrées à traverser et qui monte, nous renonçons.

Même d’ici, Pankow reste une destination  exotique.