Le genou

 

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Quand il rêve le monde, c’est Dublin, ses pubs, trouver le mur où pisser juste. C’est Naples violente, regardée de Sorrente la douce. Lisbonne pour Pessoa, pour personne. Rome, Athènes mêlées de bruits, de poussières, de chaleur.
Il veut sauver ces temps de bonheur triste, ces jours sans histoire, les silences, les inconnus croisés. Il ne sait décrire ces fragments de passé vide que par des phrases creuses, un rythme, toujours le même, celui de la monotonie des heures, des redites, une illusion d’éternité.
Un coin de terrasse qui passe lentement du soleil à l’ombre, les veines bleues  d’une main, ce genou qui bat la cadence, une attente, une patience, une douceur qu’on voudrait infinies  et le désir soudain de tenir le temps arrêté.
C’étaient au mur, près d’un porche, des grappes de tomates naines, rouges. Les avait-il rêvées ?

Allo maman bobo

 

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…en fait d’infirmités, je suis bien pourvu et ne redoute la concurrence de personne, je ne suis pas un parvenu.    (E. Cioran)

 

Question  bobos, comme Cioran, j’ai mes quartiers de noblesse. Je tiens ça de ma mère, malade chronique, magnifique et intraitable. La maladie était sa chasse gardée et le médecin son gibier. Elle ne semblait malade que pour prendre en défaut la science du malheureux toubib. Je la revois jubilant en lisant l’ordonnance,  « C’est un âne, pas étonnant qu’il ait fait Médecine ! ».

 

Le golf ouvrier de l’abbé Volpette

 

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Le golf de Saint-Etienne est un beau golf de ville implanté sur une ancienne décharge publique au milieu de jardins ouvriers. Se trouvent séparées par une simple route deux manières de vivre son troisième âge. L’une jardine tandis que l’autre swingue. 
Chacun est le voisin et le martien de l’autre.

http://www.golf-st-etienne.com/

http://www.culture.gouv.fr/documentation/phocem/Albums/Moulin-presentation.pdf

 

 

 

L’escalier de Trouville

 

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Il pleuvine. Dans une ruelle, nous trouvons abri  à la terrasse d’une pâtisserie et partageons le thé avec une  inconnue, la quarantaine, assise à la table voisine, qui nous raconte  sa vie. Elle vient de perdre coup sur coup sa mère et une amie. Elle déprime.

Elle nous raconte aussi  le  charme  de Trouville l’hiver.   Quand on la quitte, elle montre de la main le bout de la rue, à l’église prenez à droite,  allez jusqu’aux Roches noires,  descendez l’escalier de l’écrivain,  (elle hésite sur le nom, je souffle, Marguerite Duras), oui, Marguerite Duras, puis revenez par la plage. C’est ce que j’aime faire. Nous faisons comme elle a dit, prenons une photo à la va-vite au bas de l’escalier pour ne pas regretter plus tard de ne pas l’avoir prise. Et là, miracle, dans le viseur, c’est Marguerite !

Les cheveux en quatre

 

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C’est fini. La coiffeuse déplace lentement le miroir derrière ma nuque et me demande si ça va comme ça. Chaque fois, je réponds  en souriant: « Oui, ça va très bien, merci ». Comme je suis très myope et que, le temps de la coupe, j’ai posé mes lunettes sur la tablette devant moi, en vérité, je ne vois rien.  

Mais, remettre mes lunettes avant de répondre donnerait à mes paroles une solennité  d’autant plus  embarrassante  que je serais censé alors voir ce que tout le salon peut voir : ça ne va pas!  

 Il me faudrait donc, soit dire la vérité : « Non, ça ne va pas » et m’engager  dans une discussion périlleuse qui pourrait se conclure par un humiliant « Ce n’est pas ma façon de couper les cheveux  qui pose problème, Monsieur, mais la forme de votre tête ! », soit mentir, les lunettes sur le nez, et laisser croire que je manque totalement de lucidité quant à l’état de mon crâne, une fois ses cheveux coupés. 

Compte tenu de mon statut, maintenant bien établi au village, d’arbitre des élégances (je suis responsable au conseil municipal de la commission « embellissement »),  je préfère de beaucoup que les gens du salon expliquent ma réponse par ma forte myopie (le pauvre, heureusement, il n’avait pas remis ses lunettes!) plutôt  que par une défaillance grave de mon jugement esthétique. 

Comme dit un proverbe houbiste* « Le sage n’a pas besoin de lunettes pour ne pas voir ».

 

* Le houbisme est la doctrine philosophique du Marsupilami : « Houba ! » 


Famille

 

série noire 2

 

On vient te violer !
Entrez donc !
Je referme la porte et regarde ma montre.
Mais c’est l’heure du laitier !
Maud m’embrasse comme d’habitude sur la bouche et Damien me tapote la joue.

Ensuite, nous poussons des AAhhh!, des OOhhh!, et faisons couiner le canapé, Coooin!, Coiiin!.
Après ça, comme il fait beau, nous déjeunons sur la terrasse. La conversation est plaisante. Fine mouche, Maud me demande comment vont mes fesses. Damien rit de bon cœur.
Je tiens à les raccompagner jusqu’à la gare. Du studio, ce n’est pas loin, on ira à pied. On s’arrêtera à la banque, je leur donnerai l’argent.

Au distributeur, Maud se prend en pleine tête une balle perdue. Damien s’enfuit. C’est comme s’il n’avait pas existé.
Je passe sur l’agitation qui suit. Indescriptible. Maud est morte.

Je rentre tard, épuisé de questions et d’attentes. Notre maison est isolée dans la campagne. La route m’a semblé interminable.
Damien se tient à l’entrée, inquiet. Comme d’habitude il me tapote la joue.
Comment va Maman ?

 


Une vie de chien

 

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Il souffre d’être seul.
Que faudrait-il que je fasse pour avoir des amis ? Suffirait-il que je change de nom? Changer de vie? Dois-je aller même jusqu’à changer de moi?
Il se pose toutes ces questions en promenant (sans laisse et sans muselière) son énorme chien.
Quand on lui  dit que c’est son chien qui gêne sa vie sociale, il n’en revient pas.  Il explique qu’il est plus lui-même avec son chien que sans.
La preuve, c’est que quand je sors sans mon chien, on ne me reconnaît pas.
Comme on insiste, il se met en colère et envoie son chien sur nous.


 


La tombe de l’écrivain connu

 

 

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J’ai toujours aimé lier mes déplacements à la littérature et à la bonne bouffe (ne soyez pas uniquement géographe, disait mon prof à la Fac, ce serait quand même trop bête !). Aussi, à Saint-Malo, après le déjeuner, en passant par la plage à marée basse, je me rends sur l’île du Grand Bé pour voir la tombe de Chateaubriand. C’est aussi un hommage rendu à Lagarde et Michard.

 

« Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées. »

« Mémoires d’outre-tombe »  Chateaubriand

 

J’ignore si les jeunes gens assis  négligemment sur la balustrade qui entoure la tombe ont lu ces mots, mais ils discutent et rient sans se soucier de l’éternel repos de l’illustre écrivain. J’envie cette insouciance.

C’est vrai que nous ne sommes  qu’à la fin de l’été, nous respirons un air résolument marin et la vie sur la mort semble encore avoir tous les droits.

 

Port de Goury (Cap de la Hague)

 

 

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Grâce à ces usines atomiques, ce côté-ci du Cotentin est moins couru : on peut y passer des vacances tranquilles dans des villages sur subventionnés qui rutilent de  coquetteries.  

A Goury, on  se pointe  au resto le soir sans réserver. Les  poissons dans l’assiette sont magnifiques et pas fluo du tout. On a un peu mauvaise conscience d’avoir voté Europe Ecologie. Le nucléaire a du bon.