La sirène du lac Palavel

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Ma minuscule tente était montée au bord du lac dans un endroit isolé. Pour l’atteindre, il fallait traverser de dangereux éboulis. Je pouvais installer mes lignes en toute tranquillité et passer les nuits  sans attirer l’attention.  

Un début d’après-midi, je remarquai deux randonneurs qui se baignaient sur la rive opposée.  Moins courageux, l’homme mit plus de temps que la femme à entrer dans l’eau. Nu, il avait attendu sur la berge, le buste légèrement replié,     se protégeant de l’air froid en se frottant  les bras et les épaules avec les mains.  Enfin, il  s’était décidé. Je les avais vus nager ensemble puis disparaître derrière un rocher blanc. Je reposai mes jumelles et n’y pensai plus. Mais, en fin d’après-midi, je vis que la randonneuse repartait seule.  L’homme maigre avait disparu.

Le lendemain, ils revinrent et les jours suivants. Pendant toute une semaine, je les observai. Toujours le même rituel: la femme entrait dans l’eau la première, l’homme maigre hésitait, puis ils disparaissaient en nageant derrière le rocher blanc. Ensuite, la femme redescendait seule dans la vallée.  

Ce qui me sidéra, c’est que l’homme maigre n’était jamais le même! Chaque jour, donc, cette femme changeait de compagnon…

Je voulus en savoir davantage. Un matin, je passai sur l’autre rive. J’attendis. A l’heure prévue, elle arriva, mais seule. Elle m’aperçut, elle n’était pas timide. Elle proposa que je me baigne avec elle. Elle se déshabilla, fut aussitôt dans l’eau, tandis que je restais nu sur la berge, hésitant, le buste légèrement replié, me protégeant de l’air froid en me frottant les bras et les épaules avec les mains. 

Elle m’encouragea – Venez, vous verrez, elle n’est pas froide, on est bien. J’entrai alors dans l’eau glacée en tremblant puis nageai avec elle jusqu’au rocher blanc.

 

 

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